la tête dans le ventre

Publié le par freakylady

Avis à la gent masculine : autant tourner les talons tout de suite, les gars, c'est le genre de réflexion qui vous fait tirer la langue, lever les yeux au ciel et soupirer comme un soufflet de forge.

Mais voilà, parfois, ça arrive. En pleine nuit, sans qu'on le demande.

J'ai rêvé que j'allais accoucher. Dans mon rêve, j'ignorais que j'étais enceinte, je faisais remarquer à la sage-femme qui m'allongeait sur une austère couchette que j'avais le ventre plat (enfin, on se comprend, comme d'hab quoi) , mais, c'était indéniable, je ressentais les premières douleurs et je m'apprêtais à accoucher.

Est-ce que vous avez déjà remarqué? Cette formidable et troublante capacité des rêves à nous faire éprouver, dans notre chair de rêve, des sensations que nous ne pouvons pas connaître? Il m'est déjà arrivé de respirer de l'eau, par exemple. Comme dans "Abyss". Je sentais le liquide circuler dans mes poumons, je le sentais VRAIMENT.

Et donc là, la nuit dernière, mon corps de rêves a commencé à souffrir de contractions, à saigner même. Je prenais tout de même le temps d'aller quérir mon cher et tendre pour lui signaler négligemment que j'étais en train de m'ouvrir en deux. Il n'a pas eu l'air plus étonné que ça ( je ne prends même pas la peine de vous dépeindre sa mine le cas échéant dans un contexte plus réel...)

Le travail a commencé... et presque tout de suite, s'est arrêté là. Comme ça. Parce que, en réalité, il n'y avait pas de bébé. Il n'y en avait jamais eu.

C'est la première fois que j'arrive au stade de l'accouchement. Parce que, des rêves de grossesse, j'en ai déjà fait beaucoup. Régulièrement, ça revient. Je découvre souvent que je suis enceinte. Ou je réalise que j'ai tout à coup un gros ventre. Ou les gens, autour de moi, leur joie béate, me font comprendre que j'attends un enfant.

A chaque fois, je ressens un sentiment de libération, d'excitation incroyable. De plénitude. Ca y est, c'est arrivé. A moi. Ca arrive dans mon corps, je ne vois rien, je ne sens rien, mais c'est là, quelque part.

Et vous savez ce qui se passe  toujours, à la fin du rêve? Quel que soit le cas de figure? Je réalise que je me suis trompée. Les gens se détournent, mon ventre s'amollit. Il n'y a pas d'enfant, il n'y en a jamais eu.

Un autre détail freudien (frédien?) : dans le... hum, l'histoire que j''écris, le personnage féminin ne peut pas avoir d'enfant. Ce détail s'est imposé naturellement, je l'ai intégré sans même y réfléchir. J'ai commencé cette histoire quand j'avais vingt-trois ans, un âge où je me souciais assez peu de ma future descendance. Où ça me faisait même un peu peur, à vrai dire.

Aujourd'hui, j'en ai vingt-huit, comme la plupart de mes amies, et nous sommes arrivées à un âge où nous ne faisons plus semblant, entre nous, de ne pas y penser.

Je mets tout de suite un holà ferme et définitif : on range immédiatement ses remarques à la con genre "mais vous êtes encore jeunes, vous avez le temps..." . OUI, on SAIT. Là n'est pas la question. Faites-vous greffez un utérus et une paire d'ovaires, et vous verrez que votre cervelle se penche d'elle-même, insensiblement, à partir de vingt-cinq ans, vers votre ventre. Vide, mais potentiellement habitable. Qui que vous soyez, pour finalement vous avouer que vous en voulez ou pas, qand vous êtes une femme, vous y PENSEZ.

Et je réalise donc, de rêve en rêve, que j'ai toujours été profondément convaincue que je ne porterai jamais d'enfant. Que cela ne m'arriverait jamais. De là à être convaincue que cela se vérifiera forcément dans la réalité ,certes non ; mais c'est là, depuis longtemps, peut-être depuis toujours.

Le fatalisme de la femme moderne face à la peur honteuse, cachée, mais irrépressible, de ne pas avoir d'enfant. Parce que nous vivons désormais une vie d'homme, à aimer, longtemps, ou non, à partir, à être quittée, à réfléchir, à avoir peur, à essayer de tout prévoir. A attendre. Le bon moment, la bonne personne. A ne pas savoir si oui, ou non, cette chose à la fois énorme et étrangère nous concerne aussi.

A se mordre les lèvres et à détourner discrètement le regard devant les ventres ronds que l'on croise et qui ne sont pas les nôtres.

A l'instant, je pense à mes amies, à deux amies précises, qui essayent de porter un enfant depuis deux ans. Je pense à elles très fort, et je voudrais leur dire que je les comprends. Qu'on emmerde ces connards qui lèvent les yeux en soupirant sur cette maudite obsession des filles.

Une dernière chose que je voudrais leur dire, et c'est finalement la seule chose qui compte, dont il faudra se souvenir toujours:

Si on veut des enfants, les filles, on en aura.

D'ailleurs, je cours de ce pas ouvrir un nouveau livret CASDEN, toute seule cette fois-ci, édition spéciale "épargne pour achat d'enfant noir"...

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Commenter cet article

crammer 18/06/2007 20:54

je trouvais pourtant que je ne t'avais pas trop mal réussie!!l'amour serait-il aveugle?

LN 23/05/2007 13:45

Plus je te lis, plus je trouve qu'on a des points communs, je dirais même que je me sens proche de toi. C'était pas gagné pourtant! J'ai toujours du mal à parler et me confier aux autres. (sauf, ...heu..., personne en fait).
J'en viens au bébé noir : c'est un truc dingue qui me trotte dans la tête depuis des années, même gamine. J'en n'ai pas encore bien capté toutes les raisons mais il faudra qu'on en discute... Bises

biboul 20/05/2007 04:12

hey oui
nous les types on a un peu plus de marge , c est vrai
mais faut pas croire que ca nous trote pas dans la tete d avoir un petit merdeux...ou encore mieux une tite merdeuse
je t embrasse miss a plus

Rénaldo 15/05/2007 17:01

Aimer, Créer, Procréer...

Sof 11/05/2007 22:33

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