à la faveur de l'été

Publié le par freakylady

Je laisse dormir mon cartable dans le coffre , je vais boire des coups les soirs de semaine , je guette les spectacles de rue...

Pas de doute, c'est la fin de l'année. Eh oui, c'est comme ça, quand on est prof, qu'on vit non-stop au rythme de l'école depuis qu'on a trois ans, le mois de juin, c'est le mois de la fin.

Alors OK , c'est super, les vacances approchent, cocktail et doigts de pied en éventail, n'empêche que j'éprouve toujours à cette période de l'année une drôle d'impression. Comme d'avoir le pied posé au bord du précipice.

Les contraintes du quotidien s'étiolent peu à peu, la nuit compte autant voire même plus que le jour. On sort de son carcan d'obligations pour se retrouver tout nu et faible comme un escargot sans coquille.

" Nu au soleil " , mais un peu perdu quand même.

Mois de juin , mois de la fin. Pour beaucoup de choses.

En ce moment , ma mémoire me prend méchamment à la gorge. Je découvre avec effarement à quel point mes mois de juin ont été marqués par des ruptures de toutes sortes. Fonctionnaire jusqu'au bout , les hommes , les amis et les lieux que j'ai quittés ou que l'on m'a enlevés l'ont presque toujours été à cette radieuse période de l'année.

Les moments les plus sombres , les plus inquiétants , les plus "borderline " ont appartenu à ces nuits à 20° passées à transpirer sur des banquettes de café ou à courir les rues au hasard.

Et tout à la fois , mes mois de juin , surtout les derniers , ont été l'occasion de reserrer les liens de notre tribu infernale. Nous vivions ensemble , encore plus que les autres mois , si c'était seulement possible.  A boire du mauvais rosé autour d' un barbecue mi-cru mi-brûlé , à siffler des bouteilles de 3 Monts au bord du canal de Valenciennes , à cinq heures du matin,  sous l'oeil soupçonneux des flics en ronde , à déménager un énième appartement , à faire semblant de corriger nos dernières copies étalés en short sur une terrasse, à retourner notre troquet habituel en hurlant en choeur des chansons des Doors , à pique-niquer dans le parc de la Rhonelle.

Juste heureux d'être ensemble. A se marrer comme des cons pour ne pas avoir à se dire plus clairement , les uns aux autres, à quel point on s'aimait.

Les mois de juin ont passé , les ruptures aussi . De vieux copains sont partis , de nouveaux amours sont venus. On a tout pris comme on a pu. 

Que faire d'autre ?

Je regarde de temps en temps les photos , prises pour une amie sur le départ , de tous les lieux que nous avons hantés. Je nous y revois tous , hilares , même si nous ne manquions pas de morfler en dedans aussi , sous ces bonnes étoiles de juin.

Je me dis que la vie , ça va , ça vient.

Je me dis que j'irais bien boire au goulot une bière tiède du côté du canal, comme ça.

Pour la beauté du geste.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article