Qu'ils me haïssent pourvu qu'ils me craignent

Publié le par freakylady

En ce vendredi après-midi plein de bruit et de fureur me revient la sentence d'un frère qui me connaît bien :
" T'es pas une prof , Fréd ."

Mais si. malgré tout , si.

Difficile de croiser dans les eaux Frédériquiennes sans évoquer le sujet , même s'il garantit des yeux levés au ciel de la part des gens qui connaissent le sujet ( " putaaaain , même le week-end ! ") comme de ceux qui n'en ont qu'un vieux souvenir d'écolier ( " putaaain , font que de se plaindre...") 

Ceux qui y sont jusqu'au cou s'y reconnaîtront , les autres toucheront du doigt une réalité que personne en dehors de nous ne peut vraiment mesurer :

Sentir, une fois passées les sacro-saintes quatre premières semaines, que les choses commencent imperceptiblement à vous échapper et qu'on a sorti les couteaux dans le camp d'en face.
Ne plus prendre la peine de souligner proprement les titres de ses prép' à la régle parce qu'on a déjà deux cours de retard et qu'il est 23h.
Regarder la télé sans la voir en soupirant parce qu'on sait qu'un paquet de copies nous attend à l'étage et qu'on sait aussi qu'on remettra sa correction à demain. Pour rien, par pur découragement.
Boire cinq tasses de café par jour en se répétant que c'est la dernière, cavaler dans les couloirs et se les geler sous la pluie parce qu'on a BESOIN de fumer, même si on sait qu'on dispose de deux minutes quarante pour le faire.
Ravaler ses gros mots habituels pour alpaguer un gamin qu'on a envie de passer par la fenêtre ( " tu commences SERIEUSEMENT à me CASSER les... PIEDS").
Mépriser ses collégues qu'on trouve coincés, mesquins et pleurnichards en priant intérieurement de ne pas être comme eux.
Hurler dans la voiture et pousser le volume au maximum sur le chemin du retour.
Vérifier son emploi du temps et se taper le front en se disant " oh merde, pas cette classe-là, pas maintenant..."
Se sentir coupable de gober un Lexomyl avant de pousser la porte du bahut.
Subir des quintaux de préjugés, les mêmes depuis cinq générations, et serrer les dents quand un petit con de commercial vous tape dans le dos au bar avec un grand sourire goguenard  et vous lance: " Alors, encore en vacances? Et dire que je viens de me taper mes 70 h..."

Bah passe le concours. Connard.

Vous vous souvenez de votre pire prise de tête avec une nana ? ( OK , je suis misogyne et je m'adresse là plus spécialement à mes congénères masculins, mais faut reconnaître qu'on est championnes du monde en la matière les filles) . Vous la prenez , vous multipliez l'intensité par dix , vous vous imaginez devant vingt-sept exemplaires au lieu d'une seule, vous étalez ça sur cinquante-cinq minutes non-stop, et vous n'oubliez pas que vous êtes coincé dans vingt-cinq mètres carrés piégés par des tables, des chaises et des cartables.

Voilà.

C'est sûr , je me dépouille facilement de ma peau de prof ; passée la grille, le vendredi, je fais crisser mes pneus en allumant une clope et en pensant aux verres que je vais boire le soir.
Mais force est de constater que ce boulot ouvre une nouvelle porte en vous, révèle une partie de vous qui ne s'exprime que derrière un bureau, une craie à la main. Une partie de vous qui, pourtant, vous hante parfois dans vos rêves ou vous empêche de dormir la nuit.

Je n'ai jamais eu peur de marcher seule dans la rue , jamais eu peur de me faire accoster par un grand costaud à casquette qui en a après mes clopes.
Mais laissez-moi avec un gang de morveux, et je commence étrangement à me raidir...

( AVIS aux profs masculins : ne JAMAIS prononcer cette phrase devant témoins)




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Lolo 05/10/2007 19:05

Trop bien à lire. Vraiment !