la nuit porte conseil

Publié le par freakylady

Quand je vous dis , les filles, qu'on est championnes du monde...

Pas une , j'en suis sûre , qui n'ait tenté l'exercice. Exercice particulièrement casse-gueule , pourtant , on le sait depuis notre première amourette de lycée , et malgré tout on y retourne gaiement. Pour le plaisir malsain de vérifier que ça fonctionne toujours aussi mal.

21h 10 , votre amoureux attend patiemment que vous appuyiez sur la touche " Lecture " du DVD. Vous êtes déjà au lit , le timing de la soirée a été parfait , les sacs sont faits , la cafetière préparée , les chats nourris , la paix règne dans la maisonnée. Pour une fois , doux espoir d'enquiller plus de cinq heures de sommeil.

Eh non. Trop facile.

Vous vous appliquez à allonger le visage le plus bas possible jusqu'à ce que l'amoureux tombe dans le piège et vous pose la question qui va vous précipiter tous les deux dans l'horreur : " ca va pas ma chérie? "

Sachant que non , évidemment , ça ne va pas , et que vous avez la ferme intention d'en discuter , LA , dans le lit , MAINTENANT , à 21 h 10.

Il y a du marathon dans les discussions vespérales de couple. De la sueur , des larmes et du sang , un but qu'on essaye désespérément d'atteindre alors même qu'il semble s'éloigner davantage au fur et à mesure de notre folle course en avant.

Pourquoi ces premières heures de la nuit contribuent-elles tant à creuser l'écart entre deux personnes, et à une vitesse aussi vertigineuse? Parce que le monde extérieur n'est plus là pour faire diversion et barrer la route au rouleau compresseur de l' Absurde.
On s'applique à traquer la vérité de notre malaise , de ce qui nous éloigne de l'autre, de ce qui nous agace, nous épuise, et les mots deviennent de stupides balles de jokary que l'on se renvoie à la figure et qui n'ont absolument aucun sens. Et qui percent des trous béants dans le tissu fragile de notre intimité à deux, au point que, le dos rageusement tourné contre l'autre, la couette ramassée sous le menton, le sourcil froncé, on se dit froidement : " je pourrais m'en aller demain."

Tout obsédé qu'on est par ce qui nous différencie de l'autre, et qui creuse cette tranchée infranchissable au milieu du lit commun. Les prémices de la crise sont souvent noyés dans le courant des journées , dans les distractions que nous apportent le quotidien et le spectacle de la vie des autres ; mais la crise a toute la place qu'elle veut quand arrive la nuit , toute la place pour enfler et tout recouvrir comme une vague mauvaise.

Dans ce genre de circonstances , on regrette de posséder tant de vocabulaire. Ou comment s'embrouiller les neurones en dix leçons.

Pourtant, tous les magazines féminins vous le diront : ce qui est important , c'est le DIALOGUE.

Faut parler. Discuter , échanger , s'exprimer , verbaliser , formuler , questionner , s'interroger.

Sauf qu'il est maintenant 1 h 19 , que votre repos nocturne est foutu , que votre coeur bat furieusement de colère, de frustration et de peur à l'idée que tout puisse s'arrêter aussi connement. Et que, si vous prenez le risque de prononcer encore un seul mot , un SEUL , l'un de vous deux va à coup sûr arracher la gorge de l'autre d'un coup de dents.

Vous vous taisez , donc. Résolu à ruminer votre hargne en silence.

Et c'est dans ce silence sépucral que vous prenez tout à coup conscience de la chaleur du corps de l'autre à quelques centimètres du vôtre. Que vous sentez sa jambe repliée parallèlement à la vôtre, sauf que d'habitude elle se love dans le creux de votre genou. Sa poitrine contre votre dos, son menton dans votre cou.

Alors , imperceptiblement , on se rapproche. Mine de rien , genre " je dors et je ne me rends pas compte". L'autre ne recule pas et, alors que vous étiez devenus l'espace de quelques heures les pires ennemis du monde, vous vous retrouvez imbriqués l'un dans l'autre sans autre forme de procès.

Parce qu'il ne saurait en être autrement, pas plus ce soir qu'un autre soir. Et que ça se passe de commentaire.

" Et le miracle de l'amour opéra..."

Je l'avoue sans honte, j'achète régulièrement mon petit Marie-Claire, je dévore mes articles Psycho et je bavasse ensuite avec mes copines pendant des heures sur tel ou tel détail hérissant de mon beau brun ténébreux.
Pourtant, moi , le chevalier d'Eon des Arts et des Lettres, le Commandant en chef du Verbiage Amélioré, la Tapoteuse de touches Frénétique, je reconnais officiellement que , parfois, il s'avèrerait autrement plus judicieux de la FERMER, d'éteindre son cerveau et de retrouver dans la chaleur de l'autre toutes les raisons tacites et sans nom qui font qu'on l'aime lui et pas un autre.

Et qu'il y a d'autre manières beaucoup plus agréables de faire sauter ses neurones que de chercher à rééditer les fascinants échanges existentiels de Sartre et de Beauvoir...
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dominique 22/10/2007 23:21

même à presque 56 ans et un divorce plus loin, c'est encore tellement vrai ce que tu dis...Ca doit être génétique!! bisous.