à coeur ouvert

Publié le par freakylady

Cette nuit , j'ai rêvé que j'étais la mère d'une de mes élèves.

Et là , les potes se claquent le front en choeur en soupirant : " Eh merde , encore une de ses foutues histoires de rêves..."

Point du tout les enfants. Il n'est pas tant question de rêve ou même de maternité que de l'ORIGINE de ce rêve , pour une fois parfaitement compréhensible , et somme toute assez banale : hier soir dans mon petit lit , j'ai regardé le film " Les autres " dans lequel Nicole Kidman ( elle est morte dès le début, dans le film ; juste une petite précision pour casser le délire de ceux qui ne l'auraient pas encore vu ) bataille farouchement contre vents et esprits pour protéger ses deux petits.
D'où transfert de personnages dans le rêve qui a suivi , La môme du film en Marina W. de la 3ème Klimt ( ouaip , j'ai une classe qui porte un nom de peintre , ça en jette un max ) , Nicole Kidman en moi-même.
Dans mon rêve , j'éprouvais de toutes mes fibres la tendresse et l'anxiété maternelles du personnage de Grace.Encore une fois , des sentiments particulièrement hauts en couleur.

Le fait est que , lorsque mes rêves ne se nourrissent pas de mes divers névroses et traumatismes , ils tapent bien souvent dans le bain de fiction dans lequel je marine à longueur de temps : films , bouquins et autres. Même dans la musique que j'écoute.

Ok , pas de souci , je lève la main droite et je reconnais encore une fois que l'imaginaire est mon pain quotidien. N'empêche que.
Comment se fait-il que mon esprit , quand il ne dispose plus de bourbier psycho à turbiner , attrape des pans entiers de fiction pour y projeter ce qu'il veut me faire vivre ou éprouver?
Pourquoi ne pas rêver de mon boulot , de mes collègues , de Carrouf , de ma dernière soirée au café?

Parce que je vis rarement des choses aussi intenses dans la réalité que dans la fiction. Et mes rêves s'en ressentent , eux aussi.

Loin de moi l'idée de dénigrer ma petite vie genre " je l'échangerais bien contre celle du roi du Maroc " . Elle est , je pense , aussi sympa qu'elle peut l'être. Perso , je fais tout pour.

Le problème se situe davantage dans ce que je peux éprouver, partager et exprimer avec la plupart de mes congénéres humains et très réels.

Malheureusement , c'est souvent limité. Ca coince , c'est gêné aux entournures , ça n'ose pas.

D'aucuns me rétorqueront que c'est facile à dire puisque je n'ai pour ma part AUCUN sens des limites. Ce qui est faux , d'ailleurs. J'ai appris à être un animal social , et donc à me contenir. Comme tout le monde.

Contenir tout ce que l'on porte à l'intérieur de soi.

Alors que la fiction , et plus loin , l'art en général , prône tout le contraire.
Ouverture maximale , ouvrons les vannes et retournons-nous commes des gants.
Ce qui nous permet de vivre des expériences tellement fortes , d'éprouver des sentiments tellement fulgurants , qu'ils s'impriment durablement dans notre mémoire , mais aussi jusque dans nos rêves.

Je pense au concert de Nosfell auquel j'ai assisté samedi dernier.
Version sociale : Nosfell c'est presque hype , en tout cas c'est à coup sûr underground , Télérama adore.
Version instinctive : un petit homme fin et bizarrement délié qui installe son matos sans esbroufe, puis qui chante , hurle comme si sa vie en dépendait , qui danse comme un aliéné , qui fracasse son micro non pas parce que ça fait Pete Doherty , mais parce que la rage de chanter est trop forte.
Je ne connaîtrai jamais personnellement ce type , mais j'ai été au bord de la suffocation pendant une heure et demie tant l'émotion était forte , et je peux dire sans rougir , et toujours sans le connaître , que je l'aime. En tant qu'humain , pour ce qu'il m'a donné. Pour ce qu'on s'est donné ce soir-là , avec quelques centaines d'autres.

Je pense à " Une vie " de Maupassant que j'ai lu à douze ans parce qu'il était au niveau de mes yeux dans la bibliothéque du salon , sans savoir que ça s'appelait de la littérature et que ça s'étudiait à l'école. Je me souviens du personnage de Jeanne , aux épisodes pathétiques de sa vie , aussi bien que si elle me les avait confiés elle-même autour d'une tasse de café , assise à ma table de cuisine. La compassion que j'ai eue pour elle est aussi vive que celle que j'ai eue pour les amis de chair et d'os que j'ai consolés.

Je pense au personnage de John Merrick , l' Elephantman de David Lynch , s'exclamant d'un air mi-étonné , mi-attendri : " J'ai fini. " en mettant la dernière touche à sa maquette et en retirant méthodiquement les oreillers qui l'empêchent de s'allonger et de mourir. Je pense aux larmes que j'ai versées sur lui , des larmes qui causent autant de mal que de bien car elles sont à la fois le symptôme de trop de tristesse et de trop de beauté.

Tellement d'émotions , tellement de beauté dans ces mondes qui n'existent pas.
Si peu dans le nôtre.

J'ai beau avoir un petit faible pour les films de monstres , c'est bien les oeuvres humaines qui me touchent le plus. Celles où les hommes se foutent à poil. Les hommes au sens générique , à poil au sens figuré , hein.

C'est précisément ce que je cherche partout , c'est ce qui hante mes rêves , et c'est ce qui me manque cruellement dans la vraie vie.

Mine de rien , la question de la culture sourd de pas mal de nos réflexions. Sir Francis déplore ( à tort ) ce que nous ressentons parfois comme un manque de culture face à des verbeux qui sont en réalité des analphabètes du ressenti ; Sir Cubik pointe du doigt les gratte-ciels de nourritures de l'esprit que nous érigeons pour combler nos gouffres intérieurs ; et de blog en blog se dessine une véritable culture de l'ego , certes , mais aussi du ressenti , du vécu et du partage.

En clair , une culture de l'ouverture.
Ce qui est un putain de beau pléonasme.

Pistons l'humain , nous trouverons la Beauté.

Mes chers enfants , baissez votre culotte , crachez vos tripes , montrez-moi sans retenue ce qu'il y a de plus honteux et de plus noir en vous , et de tout ça naîtra la Beauté.

Le premier que je vois en rêve a gagné.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

freakylady 06/12/2007 14:25

< AIIB: Tu en veux un dans la tronche , d'oreiller ? Sale gosse , va... Prépare plutôt notre duo et écris-m'en d'autres , tant que tu y es.
Je ne te laisserai pas t'arrêter en si bon chemin , Alarme Illicite Introduisant (le) Bonheur.

All Is In Butterfly 06/12/2007 09:00

C'est un peu ça ...ce que je fais....tenter de terminer la maquette avant de retirer les oreillers...

freakylady 05/12/2007 17:23

< Cubik + Francis : Ca c'est de la fesse comme je les aime , virile et touchante ( touchée? ) un grand merci pour votre contribution à la Beauté sans le maillot, les gars !

Francis 05/12/2007 16:34

Je proteste ! mes fesses ne sont pas ce qu'il y a de plus noir et de plus honteux en moi !
D'ailleurs, il n'y a rien de sombre en moi, je suis la pureté de l'agneau incarnée dans un homme (au demeurant parfait).

Ceci dit, c'est vrai que c'est une expérience à partager, et la vue de mon postérieur est sans nul doute un évènement d'une intensité dramatique à nul autre pareil.
Osons, donc.

*montre son cul poilu*

De rien.

cubik 05/12/2007 16:10

bon be puisque c'est si gentiment demandé...

* montre son cul poilu *