as time goes by

Publié le par freakylady

Je soupire , le menton dans la main , en remuant le café qui doit me faire émerger pour de bon de ma sieste impromptue.
Plus que quatre jours avant la reprise.
Soupir.
Ca passe vite , quinze jours. Puis faudra attendre cinq semaines pour avoir de nouveau quinze jours.
Hé hé.
Vous êtes dégoûtés? C'est comme ça , c'est la vie.
A tous les faux-cadres top actifs qui me demandent d'un air méprisant à quoi ça sert de savoir lire le grec et le latin , la réponse est toute trouvée.

A rester dans mon canap deux semaines sur neuf. 
Pas mécontente d'avoir cravaché pour décrocher un 17 à mon oral sur Platon.
Hé hé.

N'empêche que c'est pas facile d'avoir autant de congés.
Parce qu'on s'habitue.

Cet après-midi , mes pantoufles sur la table basse , enfouie dans mon plaid , un bon Stephen King à la main , j'ai pris conscience que je n'avais toujours pas intégré l'aspect strictement nécessaire et inévitable du travail. A la manière des enfants qui demandent naïvement pourquoi ils doivent retourner chaque matin à l'école , je me demande parfois pourquoi je ne pourrais pas rester tranquillement à la maison comme je viens de le faire pendant ces quelques jours de trêve.

Alors évidemment , je sais pourquoi je DOIS travailler. Tout être humain doit fournir un effort pour obtenir ce qui est nécessaire à sa survie et à sa subsistance.
Enfin , tous... Dans l'absolu , hein. Le capitalisme ignore la philosophie.
Je dois travailler pour payer mon loyer , pour aller à Carrouf , bla bla bla...
Quand même , j'ai vingt-huit ans , je ne suis pas SI à la ramasse que ça.

Mais dans ces instants de bien-être assombris par la perspective de la fin toute proche des réjouissances , je ne peux jamais m'empêcher de renâcler comme un mauvais cheval :
Pourquoi ne puis-je profiter d'une vie déjà si courte autant que j'en ai envie ?
Au TEMPS qui est le mien , et que personne ne me rendra ?

Pourquoi ai-je l'impression de n'avoir jamais assez de temps pour moi , moi qui passe pourtant déjà l'essentiel de mon temps seule dans mon coin à jouer à ce que je veux ?

Je pense à mon grand-père qui a travaillé dès l'âge de douze ans ; à ma grand-mère qui a passé la majeure partie de sa vie à élever ses sept enfants.
Aux générations qui n'ont pas connu les congés payés , ni la retraite , ni les week-ends. Qui ont consumé le temps de leur existence à travailler comme des brutes, du matin au soir , parce qu'il fallait bien bouffer et que les grandes interrogations sur le sens de la vie n'étaient pas franchement à l'ordre du jour.

Je pense à nous , trentenaires assez peu souvent parents , à nos soirées au bistrot , à nos vacances de boy-scouts dégénérés , à nos consoles de jeu , à nos discussions sur ce que nous ferons ou ne ferons pas de nos vies , faute de temps.
A nos blogs ?
A l'instant , je me vois pianoter à mon bureau , comme je le fais maintenant régulièrement. Et je préfère ne pas calculer le temps que ça me prend.

Est-ce le dilemme de notre nouvelle génération d'adultes ?
Osciller en permanence entre les contraintes qui font justement de nous des adultes responsables , et les loisirs qui nous confortent dans une position d'enfant jamais contenté ? Des loisirs qui rendent plus insupportable encore l'idée que le temps passé à accomplir une tâche imposée et qui nous emmerde est du temps qu'on nous vole ?

Je me suis souvent bercée de l'idée que l'arrivée d'enfants changerait la donne.
Avec le temps qui passe , l'âge qui ne change rien et l'observation des gens qui m'entourent , j'en suis de moins en moins persuadée.
C'est certainement en grands gamins que nous élèverons notre descendance.

Le temps passe , je vieillis , mais rien n'y fait : il y a trop de livres à lire , de films à voir , de musique à écouter , de gens à rencontrer , de vies fantômes à rêver pour accepter sans chouiner le fait qu'il faut sacrifier huit heures de ses journées , quarante années de sa vie sur l'autel du dieu Travail.

Enfin huit heures... pour vous.
Fallait pas mépriser les langues anciennes.

 

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Sof 06/01/2008 15:12

Et les profs remplaçants sans remplacement? payés quand même bien sûr faut pas déconner. ben les enfants je vous le dis: on se fait grave chier au bout d'un moment. Et on pense trop. On gamberge. Je ne vois même plus la différence entre les vacances et le boulot. Donc on ne profite plus des vacances. Et à part mon boulot, je ne sais rien faire d'autre... cf l'article suivant!

freakylady 05/01/2008 12:30

< natureboy : ouaaaaaaah. Cosmique.

NatureBoy 05/01/2008 03:24

L'apparente tranquilité des équilibres entre composants de notre mère nature côtoient la frénésie de notre société et l'absurdité de ses exigences, définies par des siècles d'obscurantisme et de pseudorecherches sur ce qui fait le progrès humain : ma conclusion est donc que cette léthargie précédent une reprise d'activité ou notre manque d'appétence pour certaines choses nous rappellent sainement notre statut d'être vivant refusant d'être forcé et recherchant son état animal de fini branleur vertébré telle la vache broutant son herbe dans son pré !

freakylady 03/01/2008 23:02

< caro , miss A et consorts : moi , ce que j'en dis les gars , c'est qu'on est suffisamment nombreux pour créer une communauté hippie de feignasses.
En même temps , je suis d'accord , le latin , ça va pas aider à cuire les poteries et traire les chèvres.
Le commandant AIIB sera chef d'atelier.
Caro , tu vendras tes petits plats des milliers d'euros.
Et miss A , je te sens un potentiel de gourou new-age.
Je sens qu'on tient quelque chose , là.

Mlle A 03/01/2008 14:42

bah j'ai fait 7 ans de latin et 3 de grec, et, j'étais contente d'arrêter ;)

Quoiqu'il en soit, j'ai pas autant de vacances et je suis toujours une grande gamine. Tu crois que c'est grave, Dr Freaky ?