sans un mot

Publié le par freakylady

Et en plus Heath Ledger est mort.

Mais si. Le cow-boy blond de " Brokeback mountain".
Six heures du mat , un oeil ouvert sur les deux , et la sale nouvelle qui filtre mine de rien entre les résultats du tennis et la météo.
Putain je déteste me réveiller avec les infos.

Fait chier. Pourquoi faut-il que les plus brillants soient souvent les plus filants. So long , Heath. Qui accessoirement avait mon âge.

J'ai beau fuir l'ordi depuis quelques jours , je dois assumer la fonction première de ce blog qui est , rappelons-le sans l'avoir dit explicitement  d'ailleurs , de compenser les séances de psy que je refuse désormais de me coltiner et de mettre des mots sur ce qui ne PEUT PAS sortir de ma bouche , même en présence des gens qui me connaissent comme leur poche.
 Vous , là , mes petits canards. C'est quand même pour vous que je le fais , mmm.

Hop hop , un article par sujet de fond , on a bientôt fait le tour mais il reste tout de même à régler son compte au syndrome de janvier-février.

Seigneur que je déteste essayer de parler de ça.

Je préviens tout de suite , inutile d'entamer le petit couplet du " c'est normal , c'est le temps qui veut ça , le manque de luminosité , tout ça..."
Je le SAIS bien. Je ne suis pas aveugle , je vois bien les gens tomber comme des mouches autour de moi et les arrêts-maladie fleurir chez mes collègues les plus costauds. Et je me doute bien que ni la grippe ni la gastro n'en sont totalement responsables.
Janvier-février , l'après-fêtes , le centre-hiver , tout ce qu'on veut , c'est la période spéciale déprime.
Soit.

Mais quand même. Janvier-février , c'est l'empire de la Twilight Zone. Une nuit de trente jours , comme dans le film de vampires ( qui n'est PAS une daube , mais un film de genre ).

Et c'est fatiguant.
Pas pour le corps , hein. Ca épuise l'âme.

De tout faire pour se reposer , se regonfler , se préparer , et trébucher malgré tout.
De croire que cette année , on va y arriver , qu'il n'y a pas de fatalité , qu'avec l'âge et l'expérience , on va anticiper et brider la bête.
Qu'on va au moins repousser l'échéance le plus loin possible.
En vain.

Je hais cette horloge interne maudite qui se met à sonner le glas quoi qu'il arrive au passage des vacances de Noël. Ce qui m'épuise , c'est d'exécuter inlassablement ce marathon de bête de somme et de tomber à genoux , immanquablement , bien avant la ligne d'arrivée.

Et le même cirque de recommencer.

Sentir l'espoir s'évaporer en une nuit et porter en soi un goût de fin du monde perpétuel.
Avoir envie de vomir la moindre nourriture par incapacité à recevoir quoi que ce soit.
Eprouver du lever au coucher le besoin lancinant d'arracher quelque chose , comme une dent gâtée dont les racines s'enfonceraient dans le crâne.
Ne plus supporter la vision de son visage , autant pour ce qu'il reflète que pour ce qu'il cache.
Avoir désespérément besoin de réconfort , mais ne pas supporter la moindre sollicitude.
Devenir hermétique à toute forme de joie , de désir , de plaisir et d'amour.
Haïr tout et tout le monde à force de tension et d'angoisse contenues.
Prendre des médicaments comme on se fait un shoot. 
Se sentir dépassé par le moindre acte à accomplir , et être au bord des larmes parce qu'on SAIT qu'il faut rentrer les poubelles mais que , absurdement , c'est TROP DUR.
Ne plus voir que ce que l'on n'est pas et ce que l'on n'a pas encore fait. Tout en scrutant ce que les autres sont et ce qu'ils ont , eux , déjà fait.
Attendre d'être capable de pleurer et rester , en attendant , un bloc de mutisme.

Etre dans l'incapacité totale de PARLER de ça , et ne l'écrire que dans la douleur.
Et dans la honte.

Car le plus dur , le plus immuable :
Se cogner , année après année , contre l'absurdité de cette convulsion de l'âme et se ronger de culpabilité.
Parce qu'on ne sait pas ce que c'est , qu'on ne le saura certainement jamais , malgré les thérapies , malgré les généralistes et leur Magné-B6 , malgré l'écoute rassurante des gens qu'on aime.
Parce qu'on est peut-être cinglé , juste cinglé , et que ce vide hivernal est peut-être le trou dans la trame habituellement rassurante de notre vie.
Un trou dont on essaye à tout prix de détourner les yeux pour ne pas tomber dedans.

Avantage de l'habitude , tout de même , puisqu'il faut bien en trouver un :
Savoir que ça passera comme c'est venu.
Elle savait de quoi elle parlait , Barbara.

Et aussi , évidemment :
Se relire et lutter pour ne pas refermer l'ordi aussi sec. Parce que sa propre écriture est le reflet le plus terrible de tout ce qu'on ne supporte plus chez soi.

Mais qu'il faut bien assumer , hein ?
Ca comme le reste.

Voilà , ça c'est fait , je n'aurais pas eu le courage de l'écrire pour moi tout seule.
Je peux cocher la case " verbalisation du malaise hivernal" , et revenir vous sonner les cloches quand je serai redevenue la Frédérique pimpante et casse-bonbons qui vous enverra chier d'un retentissant " Bordel mais OUI , je vais bien ! Pourquoi tout le monde veut absolument que je DEPRIME ? "

Et on en rigolera , mes petits canards.
Comme chaque année.

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Axel Nader 27/01/2008 20:42

Tout a une fin. Tu m'as fait rire souvent avec tes mélanges d'expressions fines et de mots crus dans l'analyse pertinente de la société humaine.
Content de t'avoir lu.
Nous allons vers les beaux jours.

freakylady 25/01/2008 10:33

< cubik : ou bien , se bourrer la gueule à longueur de journée.

< Francis: ouiiiiiiiiiii. P'tit coquin.

< miss A :Oh là là pas du tout , miss A ! ( c'est un truc que je déteste , le taclage de blog à blog ; je trouve ça impoli entre personnes qui ne se sont jamais regardées en face ).
Je visais ouvertement mes potes ( que je regarde bien en face très souvent ) qui se moquent de mon goût irrépressible pour les films dégueulasses qui font peur.
Merci pour le câlin. J'attrape tous ceux qui passent.

Mlle A 25/01/2008 10:20

fiouuu, voila voila. #calin#

pi bon, pour le caup du film vampire daubasse (me suis sentie visée) c'était juste parce que 'lautre la, m'avait enervée. J4 ai quand meme FAILLI aller le voir, hein. Mais heureusement mon homme a oublié qu'il voulait y aller :) on le verra à la télé.

Francis 24/01/2008 23:15

Ha tiens, je viens de découvrir pourquoi mes colocs ne sortent jamais la poubelle. Ils cachent bien leurs sentiments, en fait.

Ha, et puis

*siffle*
ohé, les copains !

*galopent galopent galopent*

Un, deux, trois, ouiiii

*des milliers de mecs baissent leur pantalon et montrent leur fesses poilues en l'honneur de freakylady*

cubik 24/01/2008 10:39

on devrait tous hiberner, y a pas de doute